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Ce billet de blog propose un retour d’expérience et une mise en perspective des enseignements tirés d’un accompagnement mené dans le cadre du Dispositif Local d’Accompagnement (DLA). Conçu sous un format mixte, combinant temps collectifs et accompagnements individuels, cet accompagnement a réuni un groupe d’associations invitées à travailler sur un même enjeu : repenser leur modèle associatif face aux transformations de leur environnement.

Les associations participantes arrivaient avec des questionnements variés — parfois organisationnels, parfois stratégiques, parfois liés à leur modèle économique. Mais très vite, un constat s’est imposé : les questions étaient là, pertinentes, mais souvent posées de manière fragmentée, comme si chaque sujet pouvait être traité indépendamment des autres.

Or, dans un modèle associatif, tout est profondément interconnecté.

Le vrai enjeu : reconnecter ce qui a été dissocié

Ce n’est pas que les questions arrivent “trop tôt”. C’est plutôt qu’elles arrivent au mauvais endroit.

On cherche à ajuster une organisation sans avoir clarifié la valeur créée. On s’interroge sur des financements sans avoir redéfini les bénéficiaires. On ajoute des actions pour répondre à de nouveaux enjeux sans avoir réinterrogé le problème initial.

Ce fonctionnement est compréhensible : il est largement induit par le quotidien associatif, par les appels à projets, par l’urgence à faire, par la pression des calendriers. Mais il fragilise les projets sur le moyen terme, car il déconnecte les différentes briques du modèle associatif.

L’enjeu de cet accompagnement a donc été de recréer des liens.

Une colonne vertébrale pour penser le modèle associatif dans son ensemble

Pour cela, nous nous sommes appuyés sur le Social Business Model Canvas, non pas comme un outil à remplir mécaniquement, mais comme une grille de lecture structurante.

Ce canevas permet justement de :

  • partir du problème que l’association cherche à résoudre,

  • identifier clairement les bénéficiaires,

  • expliciter la valeur créée (sociale, environnementale, territoriale),

  • relier cette valeur aux activités, à l’organisation, aux ressources, aux partenariats,

  • et seulement ensuite, questionner les équilibres économiques.

Ce cheminement est essentiel : il évite de traiter chaque sujet en silo et redonne une cohérence d’ensemble au projet associatif.

Remettre la valeur (et les bénéficiaires) au cœur de la réflexion

Un point central de cet accompagnement a été le travail sur la valeur créée.
Non pas la valeur au sens marchand, mais bien la valeur sociale et environnementale produite par l’action associative.

Parler de valeur oblige à répondre à des questions simples, mais exigeantes :

  • Qu’est-ce que notre action change concrètement pour les bénéficiaires ?

  • En quoi est-elle utile, pertinente, différenciante ?

  • Pourquoi est-elle encore nécessaire aujourd’hui, dans ce contexte précis ?

Ce travail remet naturellement les bénéficiaires au centre de la réflexion, là où ils peuvent parfois s’effacer derrière les dispositifs, les actions ou les contraintes administratives.

Intégrer les évolutions de l’environnement pour éviter les décalages

Ce recentrage ne s’est pas fait hors-sol. Un travail a également été mené sur l’évolution de l’environnement (analyse PESTEL), pour comprendre comment les transformations sociales, écologiques, économiques ou réglementaires impactent :

  • les besoins auxquels les associations répondent,

  • les attentes et les profils des bénéficiaires,

  • les conditions concrètes de mise en œuvre des actions.

Ce travail montre que le problème n’est jamais figé. Il évolue avec le contexte. Et si l’association ne réinterroge pas régulièrement sa colonne vertébrale (problème → bénéficiaires → valeur → actions → organisation), elle risque de continuer à faire “ce qui marchait avant”, mais de moins en moins en phase avec la réalité.

Le modèle économique comme conséquence, pas comme point de départ

Ce n’est qu’à partir de ce socle commun que la question du modèle économique a été abordée — non pas comme une finalité, mais comme une conséquence logique.

Lorsque la valeur créée est clarifiée, lorsque les priorités sont posées, lorsque les activités clés sont identifiées, alors les discussions sur les ressources, les coûts, les financements deviennent plus sereines, plus stratégiques, et surtout plus cohérentes avec le projet associatif.

Ce que je retiens concrètement de cet accompagnement

Ce que je retiens de cet accompagnement DLA, ce n’est pas une “méthode miracle”, ni un outil de plus. C’est la puissance d’un cadre qui permet aux associations de reconnecter les pièces du puzzle, de sortir d’une logique de réponses fragmentées, et de se redonner une vision d’ensemble.

Les temps collectifs ont permis de prendre de la hauteur, de croiser les regards, de normaliser des difficultés souvent vécues de manière isolée. Les temps individuels ont permis d’atterrir, d’adapter cette réflexion à la réalité propre de chaque structure, à son histoire, à ses contraintes, à son rythme.

Au fond, accompagner les associations, ce n’est pas leur dire quoi faire. C’est leur permettre de retrouver une cohérence, une capacité à relier le sens, l’action et l’organisation — et à se donner les moyens de réinterroger régulièrement leur modèle associatif, sans le perdre de vue.